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Plaidoyer pour une finance digitale plus inclusive au Sénégal

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Plaidoyer pour une finance digitale plus inclusive au Sénégal

Par Serge Moungnanou, Consultant en Finance Digitale
January 05 , 2018

Transaction dans un point d’accès SFN – Dakar 2017. Crédit : UNCDF

Dakar, SÉNÉGAL - 

L’année écoulée aura été particulièrement active pour la finance digitale. Les fournisseurs de services financiers numériques (SFN) ont redoublé d’efforts pour attirer de nouveaux clients. De nouvelles offres ont fait leur entrée sur le marché notamment « YUP » et « ECOBANK mobile » , portées par deux grands groupes bancaires de la place. Les opérateurs de transfert d’argent, toujours aussi dynamiques, se sont de plus en plus tournés vers des solutions digitales qui permettent au client de disposer d’un service à portée de main, ou plutôt à portée de son téléphone !

 Le Gouvernement a aussi été actif avec la relance de la Stratégie Nationale d’Inclusion Financière, en droite ligne avec la Stratégie Régionale d’Inclusion Financière dans l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine),adoptée par les états membres en Juin 2016. L’année a aussi été jalonnée de rencontres entre acteurs de la finance, favorisant ainsi les échanges et des idées de partenariat pour développer de nouveaux modèles de SFN.

Le programme MM4P n’a pas été en reste, en rassemblant des acteurs de toutes les catégories autour d’un groupe de travail sur la finance digitale au cours duquel des thèmes fédérateurs comme l’éducation financière pour les masses, les types de partenariats possibles dans l’écosystème des SFN, la réglementation sur l’Agency Banking ont été discutés.  Tous ces développements intéressants sont annonciateurs de belles perspectives pour l’année qui commence.

Cependant, le développement de nouvelles offres SFN n’est pas suffisant pour contribuer réellement à l’inclusion financière ; encore faut-il que ces offres adressent les besoins des populations habituellement exclues du système financier.

Force est de constater que les populations des zone rurales, les femmes, les jeunes et les personnes ayant un faible niveau d’éducation, n’ont pas suffisamment accès aux services financiers. Selon la plus récente Enquête sur la Situation de Référence de l’Inclusion Financière au Sénégal (ESRIF), ces segments sont sous-représentés.  Par exemple 31% des personnes habitant en ville disposeraient de comptes dans une institution financière[1]  contre seulement 10,4% en zone rurale.

Répartition des personnes disposants de comptes dans une banque, institution de microfinance, compagnie d’assurance ou à la poste (ESRIF)

Le paysan de Dagan Birame[2] n’a pas forcément besoin de payer sa facture d’électricité ou bien de payer des frais scolaires dans les grandes universités Sénégalaises. Par contre, il pourrait être plus intéressé par un service qui s’intègre à son quotidien, à son environnement, comme un service de crédit ou d’épargne digital pour développer son activité agricole.

Les personnes ayant un niveau d’instruction limité ne devraient pas se sentir exclues des offres de finance digitale. Une expérience intéressante menée en Inde par le cabinet MicroSave a prouvé que la cible illettrée peut aussi utiliser activement un portemonnaie électronique si sa façon particulière de raisonner et de calculer est intégrée dans l’expérience utilisateur du portemonnaie.  Le cabinet a développé la solution MoWo, une interface qui permet aux illettrés d’utiliser un compte de monnaie électronique grâce à l’utilisation d’images et icônes. (Voir photo)

Interface MoWo utilisée en Inde. Crédit : MicroSave

Le taux d’adoption des smartphones au Sénégal est assez élevé[3] , y compris dans les zones rurales où il est maintenant fréquent de voir des personnes, ne sachant ni lire ni écrire, utiliser un smartphone pour communiquer avec leurs proches.

Aux contraintes infrastructurelles et structurelles qui peuvent militer contre la priorisation du monde rural (instabilité du réseau téléphonique, absence de réseau 3G, pas d’électricité, cout d’un smartphone, cout de la connexion 3G, …), s’oppose l’aspiration forte des populations à s’intégrer dans la modernité en possédant un téléphone (voire smartphone) et en l’utilisant, eux aussi, de façon intégrée à leur vie de tous les jours au village.

Il est certes rassurant de voir l’évolution du marché sénégalais des SFN , avec la multiplication des offres. Mais il est temps de changer le paradigme qui consiste à déployer des services bénéficiant plus aux populations éduquées, résidant en milieu urbain, et à majorité masculine. Cela permettrait non seulement d’augmenter l’inclusion financière mais en plus d’exploiter un marché de masse. Et même si le coût pour atteindre ces cibles « exclues » peut sembler élevé, des solutions ayant données des résultats positifs existent ailleurs ;de quoi inspirer les fournisseurs de services financiers numériques au Sénégal.

La finance digitale a le potentiel pour accélérer l’inclusion financière. Cela se fera d’autant plus rapidement que les acteurs privilégieront des offres dédiées et adaptées aux populations les plus délaissées par la finance classique.

 

[1]  Banque, institution de microfinance, compagnie d’assurance, ou la poste

[2] Village situé dans la région de Kaolack, au Centre du Sénégal

[3] A la fin Q3 2017, on estime à plus de 6M le nombre de smartphones connectés aux réseaux de télécommunications au Sénégal - www.gsmaintelligence.com

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Bery Dieye Kandji
KM Consultant, Sénégal
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Gestion d’un réseau d’agents au Bénin

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Gestion d’un réseau d’agents au Bénin

MM4P appuie l’opérateur Moov pour renforcer sa présence en zone rurale
December 08 , 2017
Porto-Novo, BENIN - 

La composante « Distribution » est un des éléments clé de l’approche écosystémique du programme MM4P. Pour cause, les agents représentent les canaux principaux par lesquels les clients sont servis; ils constituent donc des leviers essentiels pour « délivrer » une bonne expérience client et assurer un bon usage des services financiers numériques (SFN). 

Au Bénin, nous avons choisi de soutenir l’un des principaux fournisseurs de SFN, l’opérateur de téléphonie mobile Moov, pour renforcer son réseau de distribution à l’échelle nationale. Notre pari est alors de pouvoir impacter positivement l’usage des SFN en améliorant la distribution de Moov Money dans les zones urbaines et rurales du Bénin.

Notre première approche a été d’évaluer la stratégie de distribution de Moov Money. En 2016, nous avons commandité cette évaluation auprès de l’Institut Hélix qui a fait ressortir quatre principales recommandations:  

  • Le contrôle et la gestion du réseau d’agents Moov Money par une équipe dédiée à l’activité de monnaie électronique;
  • La mise en œuvre d’un plan incitatif basé sur les indicateurs clés de performance pour l’équipe chargée du suivi de Moov Money;
  • La refonte de la structure de commissionnement des agents pour la rendre plus incitative;
  • La mise en place d’un dispositif plus efficace de gestion de la liquidité et du réapprovisionnement des agents.

A l’issue de cette étude, nous avons chargé le consortium MicroSave/Amarante d’opérationnaliser ces recommandations. Quatre communes ont été choisies pour une phase pilote, dont la commune productrice de coton Banikoara, située à près de 700 km de Cotonou. En dépit du potentiel économique de la zone, l’agence Moov la plus proche se trouve à 70km des usagers. Du fait de ce positionnement géographique, la commune souffre de certaines problématiques : absence de suivi régulier des agents, processus de réapprovisionnement contraignants et longs, etc.  Les conséquences qui en découlent sont néfastes pour l’activité : mauvaise qualité du service client, faible rentabilité perçue par l’agent et donc perte d’intérêt pour le service et décrochage de l’activité.

Pour répondre à ces problématiques, Moov Bénin a appliqué la première recommandation de l’étude, en déployant une force de vente dédiée qui, par le biais de visites régulières, développe et anime le réseau, tout en créant une nouvelle relation dynamique entre l’agent et la marque Moov Money.

Les résultats sont plutôt encourageants : le volume des transactions Moov Money a pratiquement doublé en 6 mois, tout comme le nombre d’agents actifs impactant ainsi le niveau des revenus du service Moov Money.

« Avant, je faisais difficilement une transaction par jour ; aujourd’hui, je peux en faire plus de cinq dans une journée » a confié un agent Moov Money rencontré lors d’une visite-terrain.

Pour autant, le pari n'est pas encore gagné. En effet, certains défis spécifiques aux zones rurales restent, notamment l’éducation financière. Le fort taux d’analphabétisme en zone rurale justifie un grand besoin d’éducation des populations à l’utilisation des services via le téléphone mobile. L’exemple le plus patent est la gestion des codes pin qui pose un véritable problème aux utilisateurs ruraux. L’agent doit donc être formé afin de jouer ce rôle d’éducateur en aidant les populations à trouver des techniques pour garder et protéger leur code pin.

En outre, les zones rurales étant par excellence des zones de retrait d’argent, les agents se retrouvent fréquemment confrontés à un problème de liquidité pour faire les opérations de retrait d’argent. Pour s’approvisionner en espèces, ils doivent se rendre, non sans contrainte de temps et de coût, chez leur distributeur. Il convient donc de trouver un mécanisme pour faciliter leur réapprovisionnement en cash.

Par ailleurs, le modèle de gestion du réseau doit améliorer son attractivité pour mieux répondre à des besoins spécifiques de la clientèle rurale. Cette dernière souffre du manque de services périphériques en téléphonie et en connectivité, et est handicapée par le très faible niveau d'accès à l'électricité – seulement 16% de la population rurale est raccordée (selon les estimations 2014 de la Banque Mondiale).

Entre autres défis, on peut également citer le faible maillage du réseau qui est perfectible et le mode de suivi commercial et de motivation des agents, qui peut encore gagner en efficacité.

Le projet avec Moov suit son cours. La fin du pilote sur les zones cibles nous permettra d’évaluer la pertinence des recommandations mises en œuvre et surtout de voir comment les dupliquer à l’échelle nationale. A suivre...

​Par Jamelino Akogbeto, Consultant en Finance Digitale, MM4P Benin, et Manohisoa Boulier, Consultante Services Financiers Digitaux , Amarante Consulting

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Bery Dieye Kandji
Consultante Knowledge Management & Communication, MM4P Benin
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Bery Dieye Kandji
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